Laurent de Pury

Françoise Jaunin / Laurent de Pury, l'Homme qui dessine dans l'espace

« C’est un double jeu: j’interviens et je me laisse guider », un dialogue infini et fertile entre la nature qui propose et l’artiste qui recompose. Le bois, Laurent de Pury en a depuis trente ans et plus fait son matériau d’élection et son inépuisable champ d’exploration. Et « je ne suis pas encore sorti du bois... » sourit le sculpteur qui a vécu ses douze premières années au Cameroun, où l’exubérance végétale de la forêt primaire et le tissu de contes et légendes qui lui est lié l’ont marqué au plus profond. Mais pas trace d’inspiration ethnique ou primitiviste dans son travail pour autant.

C’est un lien très fort qui l’unit aux arbres, atavique, presque organique et plein de respect. Mais il en tire son langage personnel, ses souples géométries, ses élans verticaux, ses rubans sans fin, ses entrelacs, ses écritures sans paroles, ses lignes épurées qui dessinent et architecturent l’espace. Si le foisonnement immersif de la forêt le ressource et l’inspire, le désert ne le fascine pas moins avec son ascèse et son vide magnifique. Pleins et vides sont aussi les grands acteurs de sa sculpture.
Le vide surtout qui s’y taille la plus grande part, émaciant les volumes jusqu’à la ligne. Car comme en musique où le son n’existe que par rapport au silence, c’est le vide qui vient donner leur sens et leur tension à ses tracés.

A la fois instinctif et rigoureux, l’artiste part toujours de la forme naturelle de la branche ou du tronc. Le chêne a sa préférence, qui offre tout à la fois une grande résistance et les contorsions et ramifications nerveuses de sa structure.
Le charme l’intéresse aussi, bois dur également, mais que sa moins grande robustesse prédispose aux pièces d’intérieur. Et quand une invitation ou une commande l’amènent sous d’autres cieux, c’est toujours avec les matériaux du crû qu’il travaille : l’olivier au Maroc, l’amandier dans le Midi...

Dans le bois, ses gestes restent simples, humbles, bruts : équarrir, refendre, abouter, assembler, cheviller, coller, poncer... Son artisanat se veut délibérément minimal. Pas de démonstration de virtuosité ni de perfection de métier. Le savoir-faire ne l’intéresse que dans la mesure où il fait sens dans le processus constructif. Et si ses oeuvres restent proches de l’arbre et d’une dynamique de poussée végétale, elles n’en sont pas moins complètement recomposées.
Par minces segments de section carrée qui rappellent le façonnage élémentaire des poutres, ses sculptures mettent bout à bout des segments qui tirent parti de la courbure de la branche, de ses ramifications et de ses mouvements très graphiques et poétiques, qui les suspendent en état de grâce et de légèreté.

Conjuguant chantiers de construction et histoire de l’art, ses inspirations formelles puisent aussi bien à sa fascination pour les ossatures des architectures navales et des charpentes de toitures, qu’à ses admirations artistiques contemporaines qui placent Giuseppe Penone, Toni Grand et David Nash au sommet de son panthéon personnel.
Il aime aussi comparer sa démarche – lui qui oublie parfois de signer ses pièces – à celle des artistes aborigènes qui transmettent quelque chose qui les dépasse et qui est hors du temps. Car même si son langage sculptural dépouillé, silencieux et dépourvu de socles est clairement contemporain, Laurent de Pury se sent a-temporel et très loin des discours analytiques et critiques d’un certain art contemporain sur la société d’aujourd’hui. Il n’en est pas moins totalement engagé dans cette mission fondamentale de l’artiste qui est « d’entrer en résonance avec le monde ».

Françoise Jaunin

 

© Laurent de Pury.

2018 Art Paris, Galerie Rosa Turetsky 2018/17 Galerie Deleuze-Rochetin, Uzès, France / Art Genève, Galerie Rosa Turetsky 2015/16 Art Genève, Galerie Rosa Turetsky / Concours Art Genève Sculpture monumentale, Quai Wilson, Genève 2014 Institut Cervantes Lyon Lumières 2013/12 Triennale Bex & arts, Vaud, Suisse 2011-2008 Foires internalionales (Fiac, Art Bruxelles, Galerie Rosa Turetsky) / Villa Mettlen, Muri, Berne / Musée Rath, collection de la Banque Cantonale Genevoise (BCG) / Maison Bernasconi Lancy, Genève, Suisse / Galerie du Cloître, Lisbonne / Galerie Rosa Turetsky Genève / Galerie Kunstkeller, Berne / Forum d’Art Contemporain (FAC), Sierre, Valais, Suisse