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Alain Bouillet et l'art brut

Qui est Alain Bouillet ?

 

Né à Nanterre, Hauts de Seine, en 1943, Alain Bouillet, désormais professeur honoraire des Universités aux Département des Sciences de l'Education (Universités de Paris-X-Nanterre et de Paul Valéry (Montpellier III), a consacré l'essentiel de ses activités de recherche au « Sensible » ainsi qu' à « L'Education de la sensibilité ».

Après avoir rencontré Jean Dubuffet au début des années soixante-dix, il s'est vivement intéressé à ces formes de productions dont celui-ci pensait qu'elles étaient « la voie d'expression des couches sous-jacentes, des plans de la profondeur », susceptibles de livrer passage aux « manifestations directes et immédiates du feu intérieur de la vie ».
Il rejoignit à la fin des années quatre-vingt, l'Association L'Aracine - dont la collection, après donation, constitue désormais le fonds d'Art Brut du LaM : Musée d'Art Moderne, d'Art Contemporain et d'Art Brut de Lille-Métropole. Privilégiant les rencontres avec les auteurs d'Art Brut, se faisant conférencier, écrivain et même commissaire d'exposition, Alain Bouillet s'est employé depuis 1987 à la défense et à l'illustration de l'Art Brut.
À ce titre, il est l'auteur, en France et à l'étranger, de nombreux articles sur l'Art Brut : monographies d'auteurs, préfaces d'expositions, articles théoriques édités dans divers publications et catalogues. Il est également le directeur du numéro 53-54-55-56, juillet-décembre 2004, de la revue Ligeia, consacré au « Devenir de l'Art Brut » ainsi que des textes du catalogue édité à l'occasion de l'exposition « De l'Humaine Condition... Les rencontres d'un amateur d'Art Brut » à la Maison des Arts de Bages en 2015. Editions Maison des Arts de Bages / Méridianes ; 2015.
Parallèlement à ces rencontres - et bien que ne prisant guère le terme de « collectionneur » : il lui préfère celui d'« amateur » - il a constitué une « collection » d'environ 1500 ouvrages d'Art Brut issus des productions de plus de 130 auteur(e)s différents.

En 2005, à la suite d'une exposition de plusieurs ouvrages d'Art Brut au Château d'Aubais, Gard, il prend conscience que cette « collection » personnelle - en voie de constante incrémentation depuis 1970 - constitue de fait un « support pédagogique » potentiel pour le travail qu'il souhaite mener relativement à l'Art Brut. Non seulement celui de collecte et de recherche auquel il s'est consacré depuis les années soixante-dix et qu'il poursuit à l'occasion de nombreuses rencontres et publications, mais également par la nécessité ressentie d'organiser des expositions afin d'en « partager » avec les visiteurs : des regards, des émotions, des réflexions, des savoirs émergents, etc. de telle sorte que ceux-ci en viennent à se sentir, peu à peu, intimement « concernés ».
Travail de « sensibilisation » s'il en est, et conception d'un espace et d'un temps d'exposition qui deviennent pour le visiteur un triple moment de rencontres : Rencontre avec les ouvrages et avec les histoires de vie des auteur(e)s d'Art Brut ; rencontre avec le curateur de l'exposition également narrateur de sa propre quête ; et, essentiellement, rencontre avec eux-mêmes. Cette réflexion s'étayera et s'affirmera, de 2006 à 2013, à l'occasion de divers commissariats d'expositions d'Art Brut en France (particulièrement à Saint Alban sur Limagnol lieu historique de la Psychothérapie Institutionnelle (Tosquelles, Oury, Gentis) ; mais également lors d'une série de voyages qui l'ont conduit en Belgique, en Italie et en Pologne où, au cours de plusieurs conférences qu'il sera amené à prononcer, il s'efforcera de faire entendre la spécificité de l'Art Brut (terme inventé par Dubuffet qui n'a pas d'équivalent en polonais où les ouvrages de ce type sont regroupés avec ceux de l'Art Populaire et de l'Art Naïf sous le terme générique d'« art non professionnel »), d' expliquer et de défendre les avancées heuristiques initiées par ce terme d'« Art Brut » : des analyses qu'il a autorisées, des champs de réflexion qu'il a ouverts, des effets qu'il a produits et, par-dessus tout, à renforcer, approfondir et affiner le nécessaire travail de distinction qu'il exige pour qu'il ne soit plus confondu d'une part avec l'Art des enfants, l'Art Naïf, l'Art Populaire, l'Art Ethnologique, l'Art des fous (André Breton), l'Art psychopathologique (Volmat) (toutes dénominations ayant précédé l'invention - sinon la reconnaissance - de l'Art Brut) ; ainsi que de l'Art « Hors-les-Normes », de l'Art Singulier (et des Singuliers de l'Art), de l'Art Indifférencié, de l'Art des autodidactes, de l'Outsider Art et de ses déclinaisons anglo-saxonnes : Visionary Art, Grass roots Art, Intuit Art, etc. De l'ensemble de ces récollections est né un projet : celui de sélectionner quelques ouvrages de cette collection personnelle, de les exposer sous le titre générique « De l'Humaine Condition...», multipliant autour de cette exposition les évènements éducatifs et formatifs propres à répandre, développer et faire entendre la spécificité de l'Art Brut tout en visant à accroître et développer l'« intelligence de soi-même ». C'est à dire « comprendre » et « se comprendre ». Que, parcourant ces expositions, le visiteur puisse se dire : « surpris », « étonné », voire « interloqué » par ces ouvrages réalisés par « des personnes indemnes de culture artistique » comme l'écrivait Jean Dubuffet ; qu'il semble y avoir « découvert quelque chose de neuf », etc (les livres d'or des expositions précédentes en témoignent à l'envi) serait déjà une réussite en soi. Mais ce que laissent entrevoir les trois expositions précédentes de 2015 à 2017, et qui s'exprime à travers les propos oraux ou scripturaux de celles et ceux qui y sont passés et ont participés aux nombreux évènements proposés à cette occasion (conférences, parcours sensibles, visites accompagnées, café philosophiques; débats multiples, projections filmiques etc), c'est qu'ils se sont sentis : « interpellés », « stupéfiés », « troublés » et par-dessus tout : « concernés ».

Le sentiment de s'être senti « concerné » semble avoir été induit tant par la scénographie de l'exposition, que par l'ensemble des informations mises à la disposition du public ainsi que par les compléments apportés lors des visites accompagnées sur les liens qui unissaient les auteur(e)s à leurs ouvrages. Un tel aveu - qui exprime le degré d'implication de certains visiteurs - ne peut que conforter l'idée de la nécessité qu'il y a de multiplier, lors de ces expositions, la réalisation de ces évènements formatifs.