Expositions

Edward Baran

 

Nous connaissons les fragments noirs déchirés, collés comme des charbons à peine éteints sur les mailles d'un filet. Nous avons vu les encres estampées sur le blanc des papiers japonais, le travail de recomposition de l'intégrité des toiles par les pochoirs. Voici maintenant l'oeuvre portée au rouge. Prises dans un feu ardant d'énergie les formes s'arrondissent, les structures trouvent des équilibres en-dehors des verticales et des horizontales.
Il y a de la liberté et du souffle dans ces travaux récents, une exaltation, une jouissance de jeune artiste. Le rouge est pour Edward Baran un sang neuf qui le traverse et qui s'écoule sur les fils et les noeuds, les rend vivants. Cela palpite comme des coeurs.
Nous voyons des fenêtres, des lambeaux où la chaine et la trame sont au point de rupture. La matière est pauvre, la couleur sort directement du tube, pas de séduction dans cette expérience de vérité. Le peintre défait les apparences, il ne garde que l'essentiel pour se confronter à son intériorité. Ce qu'on voit est le réseau des artères et des veines, les muscles et les os, les nerfs et les cellules d'un corps transformé en sa pensée. Parfois nous ignorons ce qui nous guide et en nous laissant faire nous allons plus loin que nous l'avions imaginé.

La maison atelier - Jacky Essirard

 

Repères biographiques

Artiste polonais né en 1934, à Lesko en Pologne

Il étudie à l'école des Beaux-Arts à Varsovie et il a une formation de licier.

Il tissait des formes monochromes et compactes. Puis le support s'oriente vers le moins, tout en continuant à privilégier la trame et le rythme, l'espace et le rapport plein/vide, dans un double mouvement de construction/ déconstruction. La richesse et l'originalité de son ouvre sont à la mesure de la force et parfois de la violence qui se dégagent de l'apparente fragilité des matériaux qu'il emploie.
De ses premières oeuvres tissées dans les années 1970, il passe vite à des pièces utilisant le papier (kraft, journal..) tout en conservant la structure tramée, puis conçoit une technique qui lui permet de « capter l'aléatoire jusqu'à aboutir à une écriture picturale entièrement personnelle fondée sur des alternances rythmiques » en transposant dans le papier des éléments venus du tissage.
C'est en fabriquant des cerfs volants pour son fils que naît l'idée d'encoller plusieurs couches de papier, en y insérant des fils pour obtenir un papier armé lui permettant de s'exprimer dans des ouvres qui semblent ne tenir qu'à un fil. C'est sur une trame filaire, une armure de licier, qu'Edward Baran va coller le papier qu'il va peindre avant de le déchirer pour laisser place à un treillage, aux formes souvent géométriques, aux couleurs de l'ouvre initialement réalisée. L'ouvre ainsi évidée joue avec les trois dimensions, tout à la fois peinture, sculpture, tapisserie, installation, suspendue comme un tableau et en même temps en relation avec le mur qui la soutient et lui renvoie son ombre.
Dès 1978, Edward Baran produit ses premiers papiers « évidés » dits aussi parfois « libres » ou « déchirés ». Sur un réseau de fils, trame et chaîne entrecroisées, très aérien, il pose plusieurs couches de papier, qu'il colle et peint ensuite à l'encre ou à la peinture. Vient enfin l'élimination de la surface par déchirement, qui fait apparaître les vides et structure l'espace.
Si les papiers « évidés », que l'artiste combine dans des formats très divers, parfois imposants, et dans d'infinies variations formelles et chromatiques, sont le fil conducteur de son travail et restent sa marque distinctive, Edward Baran ne cesse, pour autant d'explorer d'autres voies ou de nouveaux moyens d'expression : « estampages », monotypes, aquatintes. et peinture.